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2017-09-16T17:09:11+02:00

Nuit chaude

Publié par Tilancia
écrit le 16/06/17

          Jack était fatigué. Il errait là, seul comme une âme en peine au milieu des glaciers. Voilà bien longtemps maintenant que Rose l’avait abandonné. La nuit était toujours magnifiquement froide et… bien calme. Le bleu de ses lèvres sciait à merveille à son teint blanc. Il se fondait dans le bleu de la nuit polaire et de l’océan sans grande peine. Ses cheveux, depuis longtemps blanchis par le froid, scintillaient de mille cristaux et son souffle, miroir de feu sa vie, ne laissait plus filtrer la moindre chaleur dans cet environnement hostile et glacé. Les quelques animaux marins passant par-là le surnommaient le triton au paquebot. Il était seul, le seul perdu quelque part dans cette immensité d’eau.

 

Il aimait nager jusqu’à l’iceberg roi. Jack l’appelait ainsi car il était de loin le plus imposant de tous ceux qu’il pouvait observer chaque jour. Un matin, près de lui, il entendit un coup de sifflet. Tout de suite, son cœur inerte fit battre à ses tempes un rythme imaginaire, parfaite illusion de vitalité. Jack pouvait le voir : le canot avançait dans la nuit noire. Pendant que des hommes ramaient, un autre était debout à l’avant, une lanterne portée à bout de bras, et usait du sifflet de toutes ses forces. Le sifflement déchirait la nuit, un son terriblement triste et nostalgique, presque angoissant dans ce silence pesant. Notre triton s’approcha rapidement mais le canot, pâle mirage de ses souvenirs, passa à travers lui et s’évapora comme un fantôme vers le pays du regret. Personne, personne ne le trouverait là. Personne ne le retiendrait ni le récupèrerait comme ce jour-là.

 

Hanté par son abandon, Jack partit en quête d’un endroit à hanter, d’un endroit à faire sien. Dans son périple, il partagea le sillage des épaulards, des baleines en migration et de bien d’autres poissons. Ses petites jambes ne lui permettaient pas d’aller bien vite, mais, la mort dans l’âme mais la mort aidant tout de même, la fatigue ne lui parvenait jamais. Aussi nageait-il jour et nuit.

A quelques jours de nage de l’iceberg roi, Jack trouva enfin une côte, blanche, froide et immensément isolée. C’était décidé, il en ferait son mausolée. Avant de l’atteindre pourtant, un mouvement étrange à la surface de l’eau attira son attention. Il connaissait les vagues, il avait appris à apprivoiser les animaux, l’océan, la nuit, beaucoup de choses en fait. Mais celle-ci laissait supposer un poisson inconnu, potentiellement dangereux donc.

 

Il n’eut pas besoin d’attendre longtemps, la créature lui apparut dans toute sa splendeur à moins d’un mètre de lui, devenant le seul rempart à franchir avant d’atteindre la côte. Elle était magnifique, trop peut-être. Jack trouvait en elle ce quelque chose de noble qui lui rappelait tant sa Rose. Ce quelque chose que lui n’avait jamais eu. Mais comme le petit prince en manque de sa rose, Jack resta méfiant en se rappelant que cette rose, quelle qu’elle soit, n’était pas la sienne. La créature était une femme poisson. Ses longs cheveux ondulés habillaient un visage poupin d’une extrême beauté. Sa queue était un véritable kaléidoscope, richesse de couleurs et d’écailles en tout genre.

La créature l’observait, sans rien dire. Pouvait-elle seulement parler ? Jack, lui, n’était pas sûr de pouvoir y arriver. Depuis tout ce temps, il n’avait pipé mot, trop effrayé de briser le silence de son nouveau monde. Puis, lentement, elle leva un bras en sa direction, étonnant mélange d’un bras humain et d’une main nageoire, palmée. Dans un murmure, un chuchotement presque inaudible, elle articula d’une voix brisée « Jack ». Jack, étonné, ne savait pas comment réagir. La femme poisson ne lui inspirait guère confiance.

 

- Que voulez-vous ? – Demanda-t-il finalement.

 

Elle s’avança, lentement, comme un prédateur fondant avec calme sur sa proie. Jack commença à reculer, lentement d’abord, puis, se retournant, nagea du plus vite qu’il le put. Elle l’attrapa bien vite, il en aurait presque était vexé, et après un petit baiser sur la joue, un sourire et des joues rosies illuminèrent son visage. Elle le serra dans ses bras et Jack en fut tout chamboulé. Depuis combien de temps était-il seul ? Il n’eut pas le temps d’y songer plus longtemps car déjà elle l’entraînait sous l’eau. Sa poigne était impressionnante et Jack ne pouvait s’en dégager. Il cessa de paniquer quand il se rappela qu’il était déjà mort. Tout ceci ne serait qu’un bref contretemps à son exil sur la grande montagne blanche.

Ils descendaient toujours plus profond dans la nuit sous-marine. Le bleu laissait place à l’obscurité la plus dense. Seule la lumière de la femme-poisson, sublime, parvenait aux yeux de notre mort. Après ce qui lui sembla durée une éternité, un dôme lumineux lui apparut en contre-bas, ville lumière des hommes et femmes poissons.

 

       La légende raconte que Jack s’y plut énormément, qu’il oublia Rose, la traitresse qui l’avait lâchement abandonné pour sauver sa propre vie, seule à l’abris sur cette porte, pour s’amouracher de cette femme-poisson qui avait si doucement capturé son corps et son âme. En bas, il retrouva le Capitaine, les musiciens et quelques enfants. Chacun menait sa mort dignement et mourait bien. On raconte que de l’union de Jack et de la sirène naquît un petit être à demi-vivant. Son papa lui donna son nom afin que jamais personne ne l’oublie, en admettant que quelqu’un cherchait encore à s’en rappeler. Comme le petit était froid comme la mort mais rieur et espiègle comme sa maman, ils décidèrent ensemble de l’appeler Jack. Jack Frost.

Tilancia

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2017-09-09T18:19:03+02:00

Dans mon verre, je regarde la mer...

Publié par Tilancia
mot facultatif : griserie // écrit le 9/09/17

Pas moyen de déconnecter un cerveau pour avoir un peu de repos ? Bien, qu'à cela ne tienne, le bon vieux Jack saurait y remédier.

 

Juste un verre. Un autre. Encore un, ou deux. Trois ? Un dernier. Bon, un vrai dernier.

Petite griserie au départ, ivresse de tous les diables pour finir. À demi-morte, ne devant d'être debout qu'aux autres fêtards me servant d’appui, l'euphorie me gagnait pourtant. Enfin cette paix.

Bercée par une légère houle due aux mouvements de la foule, je me sentais toute légère. La sensation de quelqu'un me saisissant au passage pour ensuite me balancer comme un vulgaire sac à patates brisa la berceuse entamée par ma cervelle. J'essayais de réfléchir mais soyons honnête, je n'en étais tout simplement pas capable, aussi me laissais-je embarquer sans trop protester. La tête me tournait et mon estomac menaçait méchamment de rendre le précieux breuvage durement avalé quelques instants plus tôt, et pour cause : mon véhicule humain devait mesurer pas loin de deux mètres et ma pauvre tête, balancée de droite à gauche par la cadence soutenue, devait subir des effets visuels douteux dus à l'alcool, au début de vertige ou que sais-je encore...

 

Je tentais une petite tape sur ce dos immense. Pas de réponse. Une deuxième ? Toujours rien. Quand mon poing rageur s'apprêtait à frapper, je basculais en arrière à une vitesse quasi surnaturelle. Voilà, mon royal postérieur venait de rencontrer la terre ferme, très ferme, trop...

 

- Bordel de merde ! Non mais ça va pas la tête ?! - hurlais-je en proie à une douleur intense.

 

Époussetant négligemment mon jean, je tentais de me relever mais c'était sans compter sur mon corps, ce traître ivre (ah oui, ma faute pardon) qui décida de cesser de fonctionner. Je chutais en avant, voyant le bitume froid se rapprocher de mon visage. Bien, génial... j'allais gagner ma soirée pour sur ! On se rappellerait de cette cuite monumentale comme du jour où, voulant fuir tous mes problèmes, je m'étais faite agressée et m'étais, par la même occasion, cassé la gueule (littéralement). Dans mon dos, quelque chose attrapa mon tee-shirt et mon visage s'arrêta à quelques millimètres du sol, le bout de mon nez touchant la route. J'étouffais un hic de surprise.

Toujours suspendue comme un paquet au bout d'une grue, le sol disparut sous mes yeux. Comme fondu, un trou, du vide, sous moi ! Ok... Respire... Rouvre tes petits noeils lentement..Lente...

 

- AHHHHHHHHH..... !!!!!!

 

J'avais beau me débattre, rien n'y faisait : la personne, le truc, bref on s'en fiche, qui me tenait ne lâchait pas et, par dieu seul sait quelle ténacité nouvelle, mon tee-shirt s'avouait indestructible. Devais-je le remercier pour cette solidité inouïe qui me sauvait la vie ?

Me forçant à regarder devant moi (sous terre donc vous l'aurez compris), je restais interdite : un chemin de pierres, surmonté d'une voûte enchanteresse, laissait apparaître un paysage utopique. La mer au loin (en bas?) était d'un bleu azur envoûtant et le soleil m'appelait. La paix. Oui, la paix était en bas, là, sous moi.

 

- Qu'est-ce que... Non ! Arrêtez ! Ne me lâchez pas ! Ne me... NooOOOONNNNNNNNNN !!

 

Je tombais... Me retournant dans la chute, j'eus le temps d'apercevoir mon lâcheur, ce héros. C'était un homme, immense comme attendu, beau brun, plutôt bien fichu. Si je ne mourrais pas en atterrissant au paradis, j'allais regretter de ne pas avoir une aussi belle compagnie. Mon regard s’arrêta sur son chapeau de cow-boy, seul élément non raccord avec le reste. En grosses lettres noires y était écrit Jack Daniels. Bien bien... J'avais clairement abusé de la boisson, quelqu'un avait même dû mettre un truc dans mon verre... Pas moyen !

Un charmant clin d’œil vert plus tard, le trou se refermait sous lui, au dessus de moi, et tout s'éteignit.

 

Tuut Tuut Tuut Tuut...

 

Je balançais mon bras en direction du réveil. Ouvrant un œil, ce dernier affichait sept heures, il me restait donc moins de trente minutes pour me bouger et aller au boulot. J'avais mal partout pire que si on m'avait roulé dessus avec un semi ! Et quel rêve j'avais fait ! J'étais dans une crique paradisiaque, seule et tranquille, et le temps semblait s'y être arrêté. J'avais nagé, bronzé, rêvé. Tout n'y était que bonheur et beauté. J'y avais même rencontré le beau cow-boy ! On a longuement parlé, de tout et de rien. Il était adorable, drôle, rassurant, charmant... L'homme de mes rêves...

 

Bon sang, il fallait vraiment que j'arrête la picole. Faisant voler la couette sur le côté, quelle ne fut pas ma surprise en découvrant mon lit plein de sable. Je sautais à terre comme piquée par on ne sait quelle mouche ! N'avais-je pas encore décuvé ? Je courais à la salle d'eau et le miroir m’asséna le coup fatal : mes cheveux trempés étaient ornés de coquillages, ceux-là même que j'avais ramassé dans mon rêve. Est-ce que... tout ça aurait pu être vrai ? Je rigolais toute seule devant ma propre bêtise. Je n'étais plus une petite fille qui croyait aux contes de fées et aux histoires Disney. Je ne me rappelais pas qui m'avait raccompagné hier soir mais il s'était visiblement bien foutu de moi.

 

Je me douchais rapidement, enlevais les coquillages, que je trouvais néanmoins très beaux et que je ne parvenais pas à rattacher à une quelconque famille de coquillages déjà connue de ma petite caboche. Je m'habillais rapidement et passais dans l'entrée pour récupérer mes clefs. Comme d'habitude, quand on est à la bourre, impossible de mettre la main dessus ! Je cherchais partout, commençant à me faire une raison en voyant l'heure tourner. Quelle excuse allais-je encore pouvoir bien inventer ? Je finis par chercher par terre, imaginant les avoir perdues en rentrant ivre morte. Juste une goutte d'eau, là. Une autre. Encore une, ou deux. Trois ? Une dernière. Bon, là une vraie dernière. Après cette chasse au trésor, j'étais là, devant mon bar, mon petit meuble à bouteilles. Avais-je continué de picoler en rentrant ? Misère... plus rien ne m'étonnait. J'ouvris le meuble et mes clefs trônaient là, près de la bouteille de Jack. Furieuse après mon moi de la veille, j'attrapais les clefs à la dérobée et, par la même occasion, envoyait valser la bouteille qui s'écrasa au sol. La boisson entrait à peine en contact avec le sol que celui-ci s'écarta pour laisser place à un trou béant dans mon salon. En dessous, pas l'appartement de la vieille voisine, non, mais mon petit paradis ! Je n'en croyais pas mes yeux. Il y avait un petit mot sur le mur de pierres, à droite :

 

Je t'attends en bas. Jack.

 

Et puis merde, la vie était trop courte et inintéressante pour ne pas prendre ce risque ! J'envoyais quand même un petit texto d'adieu. Je pris quelques affaires, et, ni une ni deux, sautais dans l'inconnu pour toujours, rejoignant pas la même occasion mon Jack d'amour.

 

Ne cherchez pas le trou, il s'est bouché dès que je suis passée.

 

 

Quelque part sur le portable d'un patron en colère :

 

« Bonjour Boss. Je ne pourrais pas être là aujourd'hui. Figurez vous que j'ai trouvé un petit coin de paradis très loin de tout ce train-train.

Vous direz à Disney qu'ils avaient tord : Narnia ne se trouve pas dans une armoire. Non, Narnia se trouve dans un whisky coca.

Je reviendrais... ou pas.

Sully. »

 

Tilancia

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2017-08-30T19:53:56+02:00

Bon vent

Publié par Tilancia
mot facultatif : klaxon // écrit le 29/08/17

   

     Gilles avait cheminé loin de la ville, loin des klaxons et des gens stressés et stressants pour revivre pleinement. Là, sur cette colline silencieuse, le soleil lui faisait ses adieux.

 

Dans cet amas de couleurs pastel, seule son ombre et celle de la terre subsistaient. Cette beauté sauvage et éphémère laissera comme toujours place aux ombres et aux cauchemars les plus sombres. Gilles avait peur mais se remémorait les paroles de son grand-père : « la peur n'empêche pas le danger d'arriver... ». En effet, rien n'empêcherait la nuit de tomber, comme rien n'empêcherait la nuit, cette nuit, de l'emporter. Gilles, les cheveux courts, la mine rongée par la fatigue, le corps creusé par la maladie, ne demeurerait plus une ombre bien longtemps car sa lumière, depuis longtemps déclinante, allait elle aussi s'éteindre. Mais tout comme le noir cédant place à la lumière, tout comme la nuit fuyant le jour, Gilles ravivera sa flamme d'une façon ou d'une autre et nous reparviendra toujours.

 

Pour l'heure, son heure, elle resta là, interdite devant tant de beauté, se préparant à quitter cette chrysalide abîmée pour, peut-être, enfin renouer avec sa liberté.

 

 

Tilancia

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2017-08-24T10:34:56+02:00

Pwoint Pwoint Pwoint...

Publié par Tilancia
mot facultatif : doublure // écrit le 24/08/17

 

Il était là… Venu de nulle part… Tombé au beau milieu du salon ! Comment ça 'qui ça' ? Le point d’interrogation voyons !

- Chérie ! Dégage moi ça de là bon dieu ! Mon boss doit venir dîner et il est hors de question…

- Tu aurais dû bosser dans les jeux de mots, explosa-t-elle soudain. Ce truc, quand je le regarde bien je me dis qu'il pourrait te faire une bonne doublure…

- HA HA HA ! HI-LA-RANT !

- Mais si, regarde : une grosse tête vide, un corps de crevette, les jambes coupées par le stress… Ton patron n’y verra que du feu !!

Elle repartit de plus belle dans son fou rire, allant même jusqu’à éponger ses beaux yeux verts d’un revers de manche.

- Hm. Nous dirons que ton humour est aussi mauvais que tu es belle !

- Rohh pas de panique, nous n’avons qu’à le découper.

- Mais la vraie question (fou rire redéclenché chez la belle)… Suzanne ! Trêve de plaisanteries, il arrive dans moins d’un quart d’heure et je…

- La vraie question, oui, tu disais ?

- Ne me regarde pas avec ce joli minois déformé par ton rire mal contenu !! Qu’est-ce que ça fiche ici ??!!!

- Je ne sais pas, je suis rentrée il y a une heure et il trônait déjà au milieu de la pièce. C’est un grand mystère ou, devrais-je dire, une grande interrogation, une question existentielle…

 

Enervé par sa chère et tendre qui repartait dans son fou rire, elle en était au stade de se tenir l’estomac d’une main tout en frappant la table de l'autre, il partit dans le garage chercher… mais oui, chercher quoi ? Une tronçonneuse ? Une scie ? Un cutter ? Y’avait qu’à tout prendre, y’aurait bien quelque chose qui fonctionnerait.

Dix minutes venaient déjà de s’écouler mais rien n’y faisait… Le point d’interrogation était fait d’une étrange matière, pas découpable, ni déchirable, ni écrasable, incassable et, ils le découvrirent également, lorsque Suzanne tenta de le pousser vers la porte, indéplaçable. Bref, une catastrophe sans nom puisque son boss arrivait dans cinq petites minutes à peine.

- Chéri, et si on essayait de… l’effacer ?

- Suzanne, bon sang, mais est-ce que tu t’entends ?

- Tu trouves encore le moyen de trouver une idée débile alors qu’on a un POINT D’INTERROGATION GEANT coincé dans notre salon ?!

- Dit comme ça… Très bien, je vais chercher quoi ?

- Pourquoi ne pas commencer par une gomme ?

- Une ?

- Une gomme !

- Une gomme…

 

Il partit chercher une gomme, se demandant si sa femme et lui-même ne devenaient pas complètement cinglés. Mais bon, en soi, la situation était déjà bien délirante.

Il revint avec deux petites gommes d’écolier.

- Nom d’une cacahuète ! Suzanne ! Regarde ! Ca s’efface !

Il oublia quelques secondes sa tâche pour enlacer sa femme et déposer un tendre baiser sur ses lèvres. Ils gommèrent le point géant frénétiquement pendant ce qui leur sembla une éternité. Mais à la fin, subsistait un problème. Bien qu’effacé à présent, un petit monticule de petits points, obtenus pendant la penible tâche, siégeait sur la moquette.

 

« Diiiilllllllliiiiiiiiinnnnnnnnngg »

 

La sonnette les fit sursauter. Lui courut vers la porte

- Chef, vous arrivez… à… point !

Suzanne ramassa le tas de points et, sur le moment, la panique s’emparant d’elle, elle courut se réfugier en cuisine et, trébuchant, envoya valser tous les points dans… la marmite.

Lorsqu’ils passèrent à table, elle regarda son mari d’un air las en annonçant le plat :

- Filet mignon et ses petits points carottes…

Le boss sourit gentiment.

- Vous voulez dire « petits pois carottes ».

 

Les deux époux se regardèrent et éclatèrent de rire.  Il n’y avait plus que ça à faire…

 

Tilancia

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2017-08-23T16:35:23+02:00

Vert étrange !

Publié par Tilancia
écrit le 9/08/17

 

    Un raffut pas possible émanait des cuisines. L’endroit était lugubre, à l’image qu’elle s’était faite bien avant son arrivée. Les résidents étaient pour la plupart de petits lascars, rien de bien inquiétant pour une femme de sa trempe. L’appel du cuistot la sortit de sa rêverie.

- « Madame ! C’est prêt !

Elle s’aventura dans la pièce, ses talons hauts martelant le carrelage froid avec rythme. Soudain plus un bruit. Seul l’écho de sa démarche féline se répercutait entre les murs de la bâtisse.

- Vraiment ? Avez-vous bien suivi toutes mes instructions ? Hm… la couleur semble bonne.

- Ecoutez ma p’tite dame, ici, c’est moi le meilleur chef ! N’avez qu’à voir, tout le monde m’appelle Grand Chef, savez bien, comme le schtroumpf là…

- Hm ? – Dit-elle distraitement, bien plus absorbée par le contenu de la casserole que par la conversation.

- Mais si ! Celui au bonnet rouge ! Rohh laissez tomber. Bref c’est prêt. Jsais pas c’que vous allez faire avec ça ma p’tite dame, mais ça sent rudement fort ! Et cette couleur… c’est pas top !

Ce gars… en plus d’empester la clope à dix kilomètres à la ronde, il était clair qu’aucune lumière ne brillait là-haut, sous sa toque. Mais c’est pour ça qu’elle l’avait choisi, lui. Un bon sous-fifre, un cafard, un insecte, un petit pion. Mais pourquoi un taulard cuistot vous demandez-vous ?! Il fallait un minimum de compétences culinaires, et une personne ni trop bonne, ni trop mauvaise. Elle qui était pourrie jusqu’à la moelle, impossible. Ce gars-là avait montré patte blanche depuis quelques années et était presque devenu un saint parmi les fous.

- Tout travail mérite salaire, finit-elle par dire en dévoilant ses dents blanches dans un large sourire inquiétant. Je vous laisse goûter en premier.

 

    Grand Chef n’était pas couillon au point de ne pas prendre la p’tite dame au sérieux. Elle était clairement inquiétante et maintenant menaçante ? Non non et non, il n’allait pas boire ce truc ! Il en avait vu des films où les goûteurs crevaient toujours ! Résolu à lui avouer le fond de sa pensée, son courage mourut comme neige au soleil face à ce sourire si… flippant.

- Écoutez ma p’tite dame, commença t-il, chez nous on est très galants ! Les dames d’abord ! Puis j’ai fait ça pour vous alors je vous laisse…

- Allons, allons Chef. Vous auriez très bien pu faire une erreur dans la recette, et ma condition est définitivement mauvaise. – Elle tenta de se donner un air fragile.

Chef vacilla devant cette créature toute chétive. Après tout, il n’avait rien mis de douteux là-dedans. Il souleva la casserole, empoigna sa vieille cuillère en bois et approcha la bouillie verte de sa bouche.  L’odeur était infecte. A peine eut-il ingéré quelques gouttes qu’il tomba comme raide mort sur le sol.

- 1…2…3…ça commence à être long…6…7…peut-être que ça n’a pas marché…9…

Soudain, le taulard convulsa, l’écume aux lèvres. Elle se pencha sur son corps pour mieux observer puis rit. Un sourire carnassier déformait ses traits. L’entendez-vous ? Cela donne froid dans le dos. Brrr… le narrateur en a les poils tout hérissés !

Grand Chef était paralysé. Ce qu’il avait bu le rendait muet comme une carpe, lourd comme une roche, et il était là, aux premières loges d’un spectacle qui achèverait de le rendre fou. La belle brune s’empara maladivement de la casserole et avala cul sec le restant de la… de la quoi d’ailleurs ? Qu’est-ce que c’était que ce truc ! Il n’en avait bu que quelques gouttes et était en train de crever ! Était-elle folle ?

Elle convulsa à son tour, toujours sans cesser de rire. Ce son… il s’en rappellera jusqu’à sa mort… peut-être même encore après. Elle se recroquevilla sur elle-même avant d’exploser en un million de particules. C’était déjà délirant en soi, mais quand les particules se regroupèrent, Grand Chef était littéralement en train de se faire dessus ! Sa vue se brouilla tant qu’il ne vit pas ce qui était né cette nuit-là. Il ne vit pas ou… il préféra oublier. Il entendit comme un murmure, comme « sans rancune » puis plus rien.

 

    Grand Chef tenta de raconter son histoire. Tout ce qu’on lui dit fut qu’aucune femme n’était entrée dans l’enceinte de la prison. Il tenta également de prouver ses dires avec la cuisine. Elle était clean, pas de vaisselle en vrac, pas de casserole, pas de cuillère, pas de signe d’explosion, rien. Il fut interné en isolement dans l’aile des grands cas psychiatriques pour le restant de sa peine. Pour longtemps.

Tous les soirs il hurlait comme un aliéné, frappant sa porte et suppliant qu’on le laisse sortir. Il hurlait qu’elle était là, qu’elle allait le tuer. Les gardes n’en pouvaient plus de garder ce timbré jour et nuit. Un matin le silence était pesant. Ouvrant la porte pour vérifier, les gardes trouvèrent une cellule vide. Le béton des murs était lacéré de partout, du sol au plafond. Pas de corps, pas de sang, mais un petit bout de papier coincé dans les gonds de la porte blindée.

 

« Je suis venue récupérer mon cuisinier. Ses talents sont indéniables et il me tiendra désormais compagnie. Désolée pour tout son cirque et tous ses cris, je l’avais un peu… contaminé. Il n’a pas été facile à récupérer ! Dieu merci il ne m’a pas griffé ! Peu importe, là où l’on va il n’aura plus besoin de son… comment appelez-vous ça déjà ? Ah oui ! De son humanité.

                Bien contente de vous rendre timbrés,

                               La méchante p'tite dame !  

 

                                               X   (Et le cuisinier qui tente de signer)

 

 

Tilancia 

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2017-08-23T16:33:02+02:00

Je (re)viens pour vous

Publié par Tilancia
mot facultatif : allegro / écrit le 14/06/17

Ces roses je les avais choisies instinctivement. En les apercevant, mon coeur, ce traître douloureux, avait battu un rythme rapide, joyeux, presque festif... allegro comme on dirait en musique. Rouge amour, j’en avais ôté chaque épine, chaque piqûre comme un écho à mon parcours difficile. Ces roses, belles et dès lors inoffensives, je m’en allais les lui offrir. Elle était mon amie, mon âme sœur, mon cœur. J’espérais par-là récupérer ma dame, raviver la flamme, ou du moins la créer. La reconquérir ou recommencer depuis le début, recommencer à la courtiser. Car de moi, souvenez-vous, elle avait tout oublié.

Tilancia 

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2017-08-23T16:26:32+02:00

Tombe

Publié par Tilancia
Mot facultatif à insérer : vanité / écrit le 4/06/17

 

-  Monsieur ?

 

- Lucy, il est temps d’ouvrir les vannes. Le barrage menace de céder et si nous n’agissons pas rapidement, Vanité sera bientôt là.

 

 - Mais Monsieur… Avez-vous songé aux conséquences que cela va…

 

 - Assez ! Nous n’avons plus le temps… Fais simplement ce qu’on te demande, humaine.

 

J’avais toujours eu du respect pour mon maître. Il m’avait recueilli quand je n’étais plus rien, m’avait offert un toit… et quel toit ! Dans un délire premier je crus être morte, peut-être l’étais-je vraiment. Ici, les grands dirigeants n’étaient pas les dieux grecs bien connus, non, mais plutôt de nouvelles divinités d’un genre moral. Vanité était l’ennemie jurée de mon maître, aussi lui avais-je juré allégeance en retour de sa bonté. Modeste était un homme respecté mais peu observateur de son entourage. En effet, jamais il ne vit que mes sentiments à son égard dépassaient de loin mon statut d’esclave. Un jour qu’Amour lui rendait visite, il avait vu clair en moi, bien trop à mon goût et j’essayais dès lors de réprimer ces sentiments non réciproques. La vie poursuivait calmement son chemin jusqu’au jour où Vanité déclara la guerre à Modeste. Il changea soudainement. La nervosité et la peur l’avaient rendu irritable, parfois mauvais.

 

Et aujourd’hui il me demandait d’ouvrir les vannes ? Après tant d’années à son service, j’étais remerciée de la sorte ?! Je courrais de rage jusqu’au bord du gouffre, limite de la demeure. Malgré mes remords, je souhaitais lui prouver encore une fois ma valeur, quitte à commettre l’irréparable. C’est là que les vannes attendaient, patiemment, que quelqu’un eut le malheur de les ouvrir. L’eau allait se déverser sur le monde humain tel un tsunami, balayant tout sur son passage. Tristesse allait avoir du pain sur la planche, Mort aussi…

 

Je mis mes petites mains fébriles sur la première vanne, et la tournais. Elle n’opposa aucune résistance et l’eau se déversait déjà. La seconde fut plus problématique. Au moment où j’usais de toutes mes forces pour ouvrir la maudite, celle-ci céda et moi, entrainée par mon élan, ne pus éviter la chute. Je glissais lamentablement et sombrais loin en bas avec la cascade d’eau.

 

Est-ce que la chute parut interminable ? Bien entendu ! Je ne savais pas de quoi j’allais mourir : de la noyade ou de l’impact qui se faisait attendre. Pendant cette descente infernale, ma petite vie défila sous mes yeux : une vie de servitude, d’absence de liberté, de reconnaissance, le vide, et puis cet acte de cruauté accompli sciemment en ouvrant ces foutues vannes. La punition divine ne tarda pas me direz-vous.

 

Ma rencontre avec le sol eut bien lieu. La violence avec laquelle je le heurtai fut indescriptible. Mon corps était brisé. Poupée inanimée, je gisais là, devant ce qui ressemblait à une vieille ferme, l’eau m’assaillant toujours. Le peu de force qu’il me restait ne servit qu’à augmenter la quantité d’eau déjà présente de mes quelques larmes. Modeste savait-il qu’il m’avait tué ? Regretterait-il ma présence ?

 

Alors que l’eau remplissait mes poumons perforés, j’aperçus au loin une silhouette. Elle semblait venir vers moi. J’aurai parié sur Mort, qui d’autre ?

 

 

Elle était à peine consciente quand j’arrivais à sa hauteur. Son corps était douloureux à regarder, elle sur qui mes yeux s’étaient toujours si tendrement posés. Je la pris délicatement dans mes bras pour la tirer de ces trombes d’eau qui n’en finissaient pas.

       

Oh Lucy… qu’as-tu fait ?

 

Son regard azur se posa sur moi avant de s’éteindre, mélange de méfiance et de surprise. Son corps encore chaud entre les mains, je plaidais sa cause auprès des autres. Si on la ramenait à la vie, elle deviendrait l’une d’entre nous, mais personne n’était d’accord sur la valeur qu’elle devait représenter. Beaucoup de propositions furent faites : Bêtise, Culpabilité, Cruauté… Lorsque son nom fut choisi à l’unanimité, il fut pris d’un commun accord qu’elle garde en mémoire ses actes passés pour légitimer sa nouvelle identité. Pour son bien, la souffrance éprouvée et ses derniers instants de vie furent tout de même effacés, par là même notre dernier regard échangé.

 

 

Ainsi naquît Rédemption, qui, de moi et mon intervention, avait tout oublié.

 

 

Tilancia

 

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2017-05-23T22:18:47+02:00

Charivari Charivara

Publié par Tilancia
mot à introduire : charivari

 

Je vais vous conter l’histoire de trois vieilles sorcières. Cela remonte à quelques années maintenant. Un jour, alors qu’elles n’étaient encore que jeunesse frivole et beauté, ces trois-là tombèrent sous le charme du même jeune homme. Galant et charmeur fou à ses heures perdues, ce pauvre malheureux n’avait pas idée qu’un beau jour son passe-temps lui couterait cher. En effet, les jeunes femmes, toutes rivalisant de beauté, étaient du genre peu discrètes, et chacune aimait vanter son amour pour le bellâtre à qui voulait bien l’entendre.

 

Le village n’était malheureusement pas si grand et notre Don Juan fut rapidement démasqué grâce (ou à cause) des ragots qui filaient bon train. Les trois femmes n’étaient pas quelconques, elles avaient en elles ce côté fascinant, sauvage, fatal… S’il avait regardé de plus près, il aurait sans nul doute vu que cet amas de beauté était bien trop excessif pour être réel. Mais l’amour rend aveugle… sa bêtise aussi surement. Le trio se réunit et chacune espérait secrètement que les autres renonceraient. Après de longues heures d’un débat peu constructif, elles décidèrent ensemble d’une punition qui satisferait tout le monde : elles pourraient toutes l’avoir, il pourrait toutes les voir sans problème.

 

La punition s’abattit sur lui un soir que la plus jeune lui donnait rendez-vous près du banc public. C’est devant ce vieux mur de pierres froides et impersonnelles qu’il se fit surprendre et dut rendre des comptes non pas à une, ni deux mais trois sorcières. Pour seule réaction, ce grand gaillard, dans toute sa virilité, fondit en larmes, genoux à terre, pour implorer leur pitié. Mais elles n’étaient pas dupes. Vous les trouvez dures en affaire ? Il fut là même transformé en arbre. Un chêne ? Non, pensez-vous, c’est bien trop noble pour sa petite personne. Non, les femmes optèrent pour un arbre tordu, vicieux, aussi torturé que sa pauvre âme.

 

Le sort, à ce jour, fait toujours effet. Nos trois sorcières se réunissent près de leur victime pour un charivari, ce rendez-vous quotidien, depuis des lustres. Qui sait combien de temps vit une sorcière ? Et que peuvent-elles bien se dire ? Sachez juste qu’elles rigolent beaucoup et qu’elles sont depuis lors bien inséparables. Attendez, celle du milieu semble vouloir vous dire quelque chose ?

« Chut ou attention… »

 

Tilancia

 

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2017-05-07T20:49:11+02:00

Personne n'en parle, tout le monde y pense

Publié par Tilancia

le 7/05/17, mot : Amiral

 

Toi qui me lis, au fond, tu sais. Tu sais que j'aurai pu écrire un truc drôle, c'est vrai, ces images auraient formé une bonne enquête foireuse de laquelle on aurait pu rire longtemps. Mais tu as brisé le sceau, vu le mot à placer et compris immédiatement. Pour les autres, je vais vous faire part de mon crime. Mon crime, chaque jour je crois le commettre, l'air de rien. J'ai décidé de continuer à vivre, malgré moi, malgré toi, malgré vous : un café tous les matins, un bouquin pour tuer le temps, un ciné pour oublier. La musique m'aide à m'évader, comme ce tee-shirt blanc, comme une nouvelle page à écrire. On se tourne quoi qu'il arrive vers l'avenir. Ne viendra pas le temps des regrets car au fond je sais que ce qui a été fait devait l'être. Je pense donc silencieusement à vous, en espérant le mieux.

 

Je vous embrasse pensivement, de mon plus beau rouge à lèvres tape à l'oeil.

 

À vous mes amis.

 

À l'Amiral, la Reine et le Marquis.

 

Tilancia

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2017-02-22T14:46:31+01:00

À la mer

Publié par Tilancia

écrit le 22/02/2017

 

Elle les a regardé m'emmené sans rien dire. Alors que les autres femmes du village étaient toutes honteuses et se détournaient les unes après les autres de ce spectacle si pathétique, elle resta de marbre. Les quelques hommes présents faisaient les ignorants alors que mes pieds râpaient sur le ponton à la recherche de la moindre adhérence, en vain. Je ne quittais pas son visage, insensible, froid, jusqu'à ce que je disparaisse, et elle par la même occasion, progressivement. La barque était étroite et instable. Je manquai de nourrir les poissons à plusieurs reprises à force de me débattre. Quelques coups plus tard, poupée inerte, je me retrouvais spectatrice de mon propre sort. Le regard assassin que je lui lançais s'estompa rapidement dans la brume épaisse qui nous recouvrit bientôt. Je me souviendrai toujours du bruit des flots, des bouées, des tintements métalliques. D'une mouette, de plusieurs peut-être.

Ainsi vint l'aube tentant de percer le coton épais qui nous assaillait et, bien qu'invisible maintenant, je n'eus pour elle qu'un seul cri rendu inaudible par les sanglots : « Mère ! ».

Tilancia

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