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2017-08-23T16:35:23+02:00

Vert étrange !

Publié par Tilancia
écrit le 9/08/17

 

    Un raffut pas possible émanait des cuisines. L’endroit était lugubre, à l’image qu’elle s’était faite bien avant son arrivée. Les résidents étaient pour la plupart de petits lascars, rien de bien inquiétant pour une femme de sa trempe. L’appel du cuistot la sortit de sa rêverie.

- « Madame ! C’est prêt !

Elle s’aventura dans la pièce, ses talons hauts martelant le carrelage froid avec rythme. Soudain plus un bruit. Seul l’écho de sa démarche féline se répercutait entre les murs de la bâtisse.

- Vraiment ? Avez-vous bien suivi toutes mes instructions ? Hm… la couleur semble bonne.

- Ecoutez ma p’tite dame, ici, c’est moi le meilleur chef ! N’avez qu’à voir, tout le monde m’appelle Grand Chef, savez bien, comme le schtroumpf là…

- Hm ? – Dit-elle distraitement, bien plus absorbée par le contenu de la casserole que par la conversation.

- Mais si ! Celui au bonnet rouge ! Rohh laissez tomber. Bref c’est prêt. Jsais pas c’que vous allez faire avec ça ma p’tite dame, mais ça sent rudement fort ! Et cette couleur… c’est pas top !

Ce gars… en plus d’empester la clope à dix kilomètres à la ronde, il était clair qu’aucune lumière ne brillait là-haut, sous sa toque. Mais c’est pour ça qu’elle l’avait choisi, lui. Un bon sous-fifre, un cafard, un insecte, un petit pion. Mais pourquoi un taulard cuistot vous demandez-vous ?! Il fallait un minimum de compétences culinaires, et une personne ni trop bonne, ni trop mauvaise. Elle qui était pourrie jusqu’à la moelle, impossible. Ce gars-là avait montré patte blanche depuis quelques années et était presque devenu un saint parmi les fous.

- Tout travail mérite salaire, finit-elle par dire en dévoilant ses dents blanches dans un large sourire inquiétant. Je vous laisse goûter en premier.

 

    Grand Chef n’était pas couillon au point de ne pas prendre la p’tite dame au sérieux. Elle était clairement inquiétante et maintenant menaçante ? Non non et non, il n’allait pas boire ce truc ! Il en avait vu des films où les goûteurs crevaient toujours ! Résolu à lui avouer le fond de sa pensée, son courage mourut comme neige au soleil face à ce sourire si… flippant.

- Écoutez ma p’tite dame, commença t-il, chez nous on est très galants ! Les dames d’abord ! Puis j’ai fait ça pour vous alors je vous laisse…

- Allons, allons Chef. Vous auriez très bien pu faire une erreur dans la recette, et ma condition est définitivement mauvaise. – Elle tenta de se donner un air fragile.

Chef vacilla devant cette créature toute chétive. Après tout, il n’avait rien mis de douteux là-dedans. Il souleva la casserole, empoigna sa vieille cuillère en bois et approcha la bouillie verte de sa bouche.  L’odeur était infecte. A peine eut-il ingéré quelques gouttes qu’il tomba comme raide mort sur le sol.

- 1…2…3…ça commence à être long…6…7…peut-être que ça n’a pas marché…9…

Soudain, le taulard convulsa, l’écume aux lèvres. Elle se pencha sur son corps pour mieux observer puis rit. Un sourire carnassier déformait ses traits. L’entendez-vous ? Cela donne froid dans le dos. Brrr… le narrateur en a les poils tout hérissés !

Grand Chef était paralysé. Ce qu’il avait bu le rendait muet comme une carpe, lourd comme une roche, et il était là, aux premières loges d’un spectacle qui achèverait de le rendre fou. La belle brune s’empara maladivement de la casserole et avala cul sec le restant de la… de la quoi d’ailleurs ? Qu’est-ce que c’était que ce truc ! Il n’en avait bu que quelques gouttes et était en train de crever ! Était-elle folle ?

Elle convulsa à son tour, toujours sans cesser de rire. Ce son… il s’en rappellera jusqu’à sa mort… peut-être même encore après. Elle se recroquevilla sur elle-même avant d’exploser en un million de particules. C’était déjà délirant en soi, mais quand les particules se regroupèrent, Grand Chef était littéralement en train de se faire dessus ! Sa vue se brouilla tant qu’il ne vit pas ce qui était né cette nuit-là. Il ne vit pas ou… il préféra oublier. Il entendit comme un murmure, comme « sans rancune » puis plus rien.

 

    Grand Chef tenta de raconter son histoire. Tout ce qu’on lui dit fut qu’aucune femme n’était entrée dans l’enceinte de la prison. Il tenta également de prouver ses dires avec la cuisine. Elle était clean, pas de vaisselle en vrac, pas de casserole, pas de cuillère, pas de signe d’explosion, rien. Il fut interné en isolement dans l’aile des grands cas psychiatriques pour le restant de sa peine. Pour longtemps.

Tous les soirs il hurlait comme un aliéné, frappant sa porte et suppliant qu’on le laisse sortir. Il hurlait qu’elle était là, qu’elle allait le tuer. Les gardes n’en pouvaient plus de garder ce timbré jour et nuit. Un matin le silence était pesant. Ouvrant la porte pour vérifier, les gardes trouvèrent une cellule vide. Le béton des murs était lacéré de partout, du sol au plafond. Pas de corps, pas de sang, mais un petit bout de papier coincé dans les gonds de la porte blindée.

 

« Je suis venue récupérer mon cuisinier. Ses talents sont indéniables et il me tiendra désormais compagnie. Désolée pour tout son cirque et tous ses cris, je l’avais un peu… contaminé. Il n’a pas été facile à récupérer ! Dieu merci il ne m’a pas griffé ! Peu importe, là où l’on va il n’aura plus besoin de son… comment appelez-vous ça déjà ? Ah oui ! De son humanité.

                Bien contente de vous rendre timbrés,

                               La méchante p'tite dame !  

 

                                               X   (Et le cuisinier qui tente de signer)

 

 

Tilancia 

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