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2017-08-23T16:26:32+02:00

Tombe

Publié par Tilancia
Mot facultatif à insérer : vanité / écrit le 4/06/17

 

-  Monsieur ?

 

- Lucy, il est temps d’ouvrir les vannes. Le barrage menace de céder et si nous n’agissons pas rapidement, Vanité sera bientôt là.

 

 - Mais Monsieur… Avez-vous songé aux conséquences que cela va…

 

 - Assez ! Nous n’avons plus le temps… Fais simplement ce qu’on te demande, humaine.

 

J’avais toujours eu du respect pour mon maître. Il m’avait recueilli quand je n’étais plus rien, m’avait offert un toit… et quel toit ! Dans un délire premier je crus être morte, peut-être l’étais-je vraiment. Ici, les grands dirigeants n’étaient pas les dieux grecs bien connus, non, mais plutôt de nouvelles divinités d’un genre moral. Vanité était l’ennemie jurée de mon maître, aussi lui avais-je juré allégeance en retour de sa bonté. Modeste était un homme respecté mais peu observateur de son entourage. En effet, jamais il ne vit que mes sentiments à son égard dépassaient de loin mon statut d’esclave. Un jour qu’Amour lui rendait visite, il avait vu clair en moi, bien trop à mon goût et j’essayais dès lors de réprimer ces sentiments non réciproques. La vie poursuivait calmement son chemin jusqu’au jour où Vanité déclara la guerre à Modeste. Il changea soudainement. La nervosité et la peur l’avaient rendu irritable, parfois mauvais.

 

Et aujourd’hui il me demandait d’ouvrir les vannes ? Après tant d’années à son service, j’étais remerciée de la sorte ?! Je courrais de rage jusqu’au bord du gouffre, limite de la demeure. Malgré mes remords, je souhaitais lui prouver encore une fois ma valeur, quitte à commettre l’irréparable. C’est là que les vannes attendaient, patiemment, que quelqu’un eut le malheur de les ouvrir. L’eau allait se déverser sur le monde humain tel un tsunami, balayant tout sur son passage. Tristesse allait avoir du pain sur la planche, Mort aussi…

 

Je mis mes petites mains fébriles sur la première vanne, et la tournais. Elle n’opposa aucune résistance et l’eau se déversait déjà. La seconde fut plus problématique. Au moment où j’usais de toutes mes forces pour ouvrir la maudite, celle-ci céda et moi, entrainée par mon élan, ne pus éviter la chute. Je glissais lamentablement et sombrais loin en bas avec la cascade d’eau.

 

Est-ce que la chute parut interminable ? Bien entendu ! Je ne savais pas de quoi j’allais mourir : de la noyade ou de l’impact qui se faisait attendre. Pendant cette descente infernale, ma petite vie défila sous mes yeux : une vie de servitude, d’absence de liberté, de reconnaissance, le vide, et puis cet acte de cruauté accompli sciemment en ouvrant ces foutues vannes. La punition divine ne tarda pas me direz-vous.

 

Ma rencontre avec le sol eut bien lieu. La violence avec laquelle je le heurtai fut indescriptible. Mon corps était brisé. Poupée inanimée, je gisais là, devant ce qui ressemblait à une vieille ferme, l’eau m’assaillant toujours. Le peu de force qu’il me restait ne servit qu’à augmenter la quantité d’eau déjà présente de mes quelques larmes. Modeste savait-il qu’il m’avait tué ? Regretterait-il ma présence ?

 

Alors que l’eau remplissait mes poumons perforés, j’aperçus au loin une silhouette. Elle semblait venir vers moi. J’aurai parié sur Mort, qui d’autre ?

 

 

Elle était à peine consciente quand j’arrivais à sa hauteur. Son corps était douloureux à regarder, elle sur qui mes yeux s’étaient toujours si tendrement posés. Je la pris délicatement dans mes bras pour la tirer de ces trombes d’eau qui n’en finissaient pas.

       

Oh Lucy… qu’as-tu fait ?

 

Son regard azur se posa sur moi avant de s’éteindre, mélange de méfiance et de surprise. Son corps encore chaud entre les mains, je plaidais sa cause auprès des autres. Si on la ramenait à la vie, elle deviendrait l’une d’entre nous, mais personne n’était d’accord sur la valeur qu’elle devait représenter. Beaucoup de propositions furent faites : Bêtise, Culpabilité, Cruauté… Lorsque son nom fut choisi à l’unanimité, il fut pris d’un commun accord qu’elle garde en mémoire ses actes passés pour légitimer sa nouvelle identité. Pour son bien, la souffrance éprouvée et ses derniers instants de vie furent tout de même effacés, par là même notre dernier regard échangé.

 

 

Ainsi naquît Rédemption, qui, de moi et mon intervention, avait tout oublié.

 

 

Tilancia

 

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