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2016-08-18T12:16:22+02:00

Sorcière

Publié par Tilancia
écrit le 13/05/2014
écrit le 13/05/2014

D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été aveugle. Père disait souvent que je tenais ça de Mère. Cette dernière m'avait donné naissance au détriment de sa vie. Cette vue manquante était pour moi le prix à payer pour l'avoir tué.
Dans le village, bien que je ne pouvais voir nos voisins, je sentais brûler mes joues sous le poids de leurs regards. Comme dans toute petite communauté, les informations circulaient très vite et le temps qui passait n'effaçait malheureusement pas les histoires. Il m'était difficile de communiquer avec eux et mon cœur en était le premier à souffrir. Ne me restait que Père qui, le soir venu, passait des heures à me coiffer et à me natter. Il ne cessait de complimenter mes longs cheveux noirs qui lui rappelaient tant Mère. Pourtant, chaque soir, même la chaleur du feu ne suffisait pas à réchauffer mon âme. Je savais que je ne pourrai pas être dépendante de Père toute ma vie. Je le sentais vieillir encore plus vite lorsqu'il me parlait de son rêve de me voir un jour en épouse comblée.
Je crois qu'il était déjà presque midi ce jour là mais Père n'était toujours pas de retour. Il m'avait dit de l'attendre à la maison le temps qu'il aille chercher les provisions de la semaine. Je commençais à paniquer. Je sortais de la maison en me hâtant, trébuchant ça et là. Je connaissais le chemin par cœur mais ses détails m'échappaient encore. Après plusieurs chutes ayant, à en croire la douleur, bien abîmé mes jambes, j'arrivais à la place que je trouvais bien plus bruyante que d'habitude. J'avançais à taton en écoutant les gens hurler qu'un convoi venait d'heurter un paysan. Je sentais que ce paysan n'était autre que Père. Je demandais à quelqu'un de me mener près du blessé.
De mes petites mains je caressais ce visage que je reconnus immédiatement. Il était si froid...Je sentis quelque chose d'humide rouler sur ma main. Père pleurait. Le silence se fit roi autour de nous au moment où la vie l'abandonnait, lui aussi.
Une femme descendit du convoi en hurlant comme une furie. A l'odeur qu'elle dégageait je sus que c'était une noble. Elle pestait contre la terre entière en demandant pourquoi ils n'avançaient plus. Un homme lui rapporta l'accident et elle s'approcha enfin de nous. Je ne sais pas ce que j'attendais exactement, mais je ne pensais pas qu'elle m'attraperait par les cheveux avec une violence inouïe. Elle me tira en arrière en me demandant qui j'étais pour oser ralentir son voyage. J'avais beau me débattre pour tenter de rejoindre Père, elle refusait de me lâcher. Cette femme ordonna qu'on dégage le chemin et ses hommes prirent Père et le jetèrent sur le bas côté. Le bruit sourd de son corps retombant sur le sol brisa mon âme en mille morceaux. Je hurlais tout mon soûl et sentais le sang battre dans mes veines. J'attrapais une pierre assez fine et d'un coup tranchait la chevelure qui me retenait captive. Mes hurlements firent même taire cette maudite femme mais il était déjà trop tard, pour elle, pour eux, pour moi. Les larmes devenaient torrent sur mon visage et mon corps était comme un volcan prêt à entrer en éruption. La magie s'insinua dans tout mon être pour se mêler à la colère. Mes larmes devinrent des pierres, mes cris des vents ravageurs.
Ce jour là, tous furent tués. Tous sauf moi. Après avoir enterré Père comme il se devait, j'ai longtemps erré dans le village désert mais les vents m’apportèrent la rumeur des villages voisins. Ces derniers organisaient des battues pour trouver et tuer la sorcière qui crache des pierres et qui souffle des tempêtes. Un sourire fade m'avait alors illuminé le visage en pensant que cette rumeur était déjà à côté de la vérité. Ils m'avaient surnommé la sorcière de feu, soit disant parce que mes cheveux étaient devenus rouges flamme.
J'étais toujours moi, malgré le sang qui tachait mes mains. Je voyageais longuement, le vent me guidant comme mes yeux et mes oreilles. Après une certaine période d'errance, je décidais de me reposer dans un village fort accueillant. J'avais pris l'habitude de revêtir une cape sombre, incapable de savoir si mes cheveux étaient réellement devenus rouges ou non. Ici, les gens parlaient d'un sorcier. Je rigolais intérieurement en observant le pouvoir déformant des rumeurs jusqu'à ce que je comprenne qu'ils ne parlaient pas de moi mais bien d'un autre individu. Ses pouvoirs étaient apparemment incommensurables et son physique était son arme la plus redoutable.
Je l'ai cherché pendant des années.
Père, aujourd'hui je peux te le dire : je suis une épouse comblée.

Tilancia

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